Des bénéfices inattendus de la lingette nettoyante au cinéma

On l’aura compris, contre l’assaut d’internet, le cinéma se défend mieux que la télévision (qui pense que diffuser des vidéos de YouTube pendant les émissions et les faire commenter par des acteurs de théâtre de boulevard, ça va aider). L’idée: faire revenir la vieille technologie 3D, malheureusement abandonnée après quelques essais concluants comme Le crime était presque parfait et House of Wax. Quelques films, principalement d’animation, ont donc été proposés en 3D, à grand renfort de « attention devant toi! » et de nuages découpés pour faire profond. Avatar, le nouveau film de James Cameron, a mieux que les autres, et malgré un scénario oppressant (le bon sauvage et ses traditions), réussi à intégrer la 3D dans sa mise en scène. Les plans ont été écrits avec l’idée de la profondeur de champ, et que le regard du spectateur se promènera entre les fougères et les bêtes. Associée à la projection numérique qui propose une netteté d’image nettement supérieure à la pellicule, le film gagne sa place de révolution technologique.
On peut donc imaginer qu’un nouveau standard soit posé, et qu’on ne pourra plus en attendre moins d’un blockbuster de science-fiction hollywoodienne. Habituons-nous donc à ces lunettes en plastique. Hors, quand on va voir un film en 3D, on nous donne une lingette nettoyante à forte teneur en produits chimiques type éther. J’avoue ne pas avoir résisté à un petit sniff de lingette avant le film, ça rend la 3D encore plus efficace. Je veux dire, ça c’est de l’évasion. Je suspecte que l’enthousiasme autour du film est en partie lié aux vapeurs d’éther qui s’élèvent dans la salle au moment où plusieurs centaines de pochettes de lingettes s’ouvrent simultanément dans la salle, mais quitte à être drogué, autant le faire bien (le film est long). Et je ne suis pourtant pas un grand consommateur de drogues (à part celles qui sont en libre-service). Donc imaginez ce qui va se passer quand les plus grand drogués de France vont s’en rendre compte? Je parle bien sûr des jeunes.
Dimanche soir, j’étais invité à dîner, chez des gens qui en ont un (un jeune). Je n’ai pas l’habitude de manger avec un jeune, alors j’ai complètement oublié d’adapter mon discours. J’ai donc raconté les bénéfices inattendus de la lingette nettoyante au cinéma en 3D. Sa mère lui a brusquement mis les mains sur les oreilles. Mais le mal était fait. J’ai vu s’illuminer son regard pile-pubère de 13 ans, sa main titillant le téléphone dans sa poche pour prévenir ses potes. Qui s’empresseront de prévénir les leurs. En fait, je pense avoir provoqué une vague internationale d’addiction à la lingette nettoyante de lunettes en 3D chez les jeunes. Qui provoquera inmanquablement un arrêt de la production de films en 3D. Mes excuses donc à James Cameron et aux amateurs de cinéma frisson.

Ca pourrait en plus expliquer les dépressions post-avatar (http://www.cnn.com/2010/SHOWBIZ/Movies/01/11/avatar.movie.blues/index.html) : Ce sont juste des descentes.